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Garantie Décennale Maçon : Assurance Obligatoire Gros Œuvre

Le maçon est l’un des artisans du bâtiment les plus exposés au risque décennal : fondations, murs porteurs, dalles, ouvrages de soutènement… la quasi-totalité de son activité relève du gros œuvre, la catégorie de travaux la plus directement concernée par la garantie décennale. Une malfaçon sur une fondation ou un mur porteur peut compromettre la solidité de tout un bâtiment pendant des années avant de se révéler. Voici ce qu’un maçon — et son client — doivent savoir sur cette assurance obligatoire.

Maçon vérifiant des plans de construction sur un chantier de gros œuvre

Pourquoi la garantie décennale concerne particulièrement les maçons

La garantie décennale, instaurée par la loi Spinetta de 1978 et codifiée aux articles 1792 et suivants du Code civil, engage la responsabilité de tout constructeur pendant dix ans à compter de la réception des travaux, pour les dommages qui compromettent la solidité de l’ouvrage ou qui, l’affectant dans l’un de ses éléments constitutifs ou l’un de ses éléments d’équipement, le rendent impropre à sa destination (article 1792 du Code civil).

Le maçon intervient très majoritairement sur des ouvrages indissociables au sens de l’article 1792-2 du Code civil : fondations, murs porteurs, dalles, ossature, éléments de clos et de couvert lorsqu’il en assure la structure. Ces travaux relèvent donc directement de la présomption de responsabilité décennale, sans qu’il soit nécessaire de démontrer une faute : il suffit de prouver le dommage et son lien avec l’ouvrage.

Souscrire une garantie décennale n’est donc pas une option pour un maçon : c’est une obligation légale prévue par l’article L241-1 du Code des assurances, sous peine de sanctions pénales.

Quels travaux de maçonnerie sont couverts par la décennale ?

Sont typiquement couverts par la garantie décennale d’un maçon :

  • Les fondations (semelles filantes, radier, fondations profondes) : affaissement, fissuration structurelle, défaut d’ancrage ;
  • Les murs porteurs et l’ossature du bâtiment : fissures traversantes, défaut de stabilité ;
  • Les dalles et planchers lorsqu’ils participent à la structure du bâtiment ;
  • Les ouvrages de soutènement (murs de soutènement, terrassements liés à la structure) ;
  • Les infiltrations d’eau liées à un défaut de structure (et non à un simple défaut d’étanchéité superficiel).

Ces désordres engagent la garantie décennale car ils compromettent la solidité de l’ouvrage ou le rendent impropre à sa destination — les deux critères posés par l’article 1792 du Code civil.

Le cas particulier des enduits de façade

Un point mérite d’être clarifié, car il fait l’objet d’une jurisprudence précise : un enduit de façade purement esthétique, sans fonction d’étanchéité, n’est pas considéré comme un « ouvrage » ni comme un « élément d’équipement » au sens de la garantie décennale. La Cour de cassation l’a rappelé dans un arrêt du 13 février 2020 (Cass. civ. 3e, 13 février 2020, n°19-10.249) : des fissures sur un enduit purement décoratif relèvent de la responsabilité contractuelle de droit commun, pas de la décennale. En revanche, dès lors que l’enduit assure une fonction d’étanchéité de la façade, il retrouve sa place dans le champ de la garantie décennale. Un maçon a donc intérêt à documenter précisément la fonction de chaque ouvrage réalisé, façade comprise.

Que risque un maçon non assuré en décennale ?

L’absence de garantie décennale expose le maçon à des sanctions pénales prévues par l’article L243-3 du Code des assurances : jusqu’à 75 000 € d’amende et 6 mois d’emprisonnement. Au-delà du volet pénal, un maçon non assuré qui doit reprendre à ses frais des fondations ou un mur porteur défaillant s’expose à un préjudice financier potentiellement considérable — sans compter le risque de perdre son client et sa réputation sur un chantier aussi visible que le gros œuvre.

Du côté du client (particulier ou maître d’ouvrage), faire appel à un maçon sans décennale valide signifie qu’en cas de sinistre structurel, aucune indemnisation rapide n’est possible : il faut alors engager une action judiciaire contre l’artisan, avec le risque que celui-ci soit insolvable. C’est pourquoi il est recommandé de toujours demander l’attestation d’assurance décennale avant signature du devis, et de vérifier sa cohérence : nom de l’entreprise, SIREN, activités couvertes (gros œuvre, maçonnerie), dates de validité. En cas de doute sur la réalité de l’assurance, le registre Regafi/Refassu de l’ACPR permet de vérifier qu’un assureur ou intermédiaire est bien autorisé à exercer en France.

Fausse déclaration : un risque à ne pas sous-estimer

Certains artisans, pour réduire leur cotisation, sous-déclarent leur chiffre d’affaires ou la nature exacte de leur activité lors de la souscription. En cas de sinistre, si l’assureur découvre une fausse déclaration intentionnelle, il peut invoquer la nullité du contrat sur le fondement de l’article L113-8 du Code des assurances et refuser toute indemnisation — laissant l’artisan, et de fait son client, sans couverture. Des alertes récentes de l’ACPR et de la Fédération Française du Bâtiment rappellent régulièrement l’existence d’offres frauduleuses circulant sous des noms d’assureurs usurpés : un motif supplémentaire de vérifier soigneusement l’attestation avant tout engagement.

Comment un maçon peut souscrire rapidement sa garantie décennale

Pour obtenir un devis adapté, un maçon doit généralement préparer :

  • Son extrait Kbis ou justificatif d’immatriculation ;
  • La liste précise des activités exercées (gros œuvre, fondations, maçonnerie générale, ravalement…) ;
  • Son chiffre d’affaires prévisionnel ou réalisé ;
  • Son éventuelle expérience ou historique de sinistralité.

Passer par un courtier permet de comparer plusieurs offres adaptées spécifiquement au gros œuvre et d’obtenir une attestation rapidement, ce qui est souvent nécessaire pour démarrer un chantier ou répondre à un appel d’offres. Pour comprendre comment est calculée votre cotisation et quels critères la font varier, consultez notre article sur le meilleur tarif pour la garantie décennale BTP.

Vous êtes artisan du BTP à Paris ou en Île-de-France ? Consultez aussi notre guide complet sur la garantie décennale pour artisans BTP à Paris, avec devis rapide et conseils experts.

Questions fréquentes

Un maçon auto-entrepreneur doit-il souscrire une garantie décennale ?

Oui. Le statut juridique de l’entreprise (auto-entrepreneur, SARL, EURL…) ne change rien à l’obligation légale : dès lors qu’un professionnel réalise des travaux de gros œuvre pour le compte d’un maître d’ouvrage, il doit être couvert par une garantie décennale, quelle que soit sa taille ou son chiffre d’affaires.

La garantie décennale couvre-t-elle les fissures sur un mur non porteur ?

Cela dépend de la gravité et de la nature du désordre. Une fissure sur un mur non porteur qui ne compromet ni la solidité du bâtiment ni son usage normal peut relever de la garantie de parfait achèvement (1 an) plutôt que de la décennale. En revanche, si la fissure révèle un défaut structurel plus large ou rend le logement impropre à sa destination, la décennale peut s’appliquer.

Quelle est la différence entre garantie décennale et RC Pro pour un maçon ?

La RC Pro (responsabilité civile professionnelle) couvre les dommages causés à des tiers pendant l’exécution du chantier (par exemple, un outil qui endommage une propriété voisine). La garantie décennale, elle, couvre spécifiquement les désordres qui affectent l’ouvrage lui-même après réception, pendant dix ans. Les deux garanties sont complémentaires et généralement toutes deux nécessaires pour un maçon.

Combien de temps faut-il pour obtenir une attestation de garantie décennale ?

Cela varie selon les assureurs et la complétude du dossier, mais en passant par un courtier avec un dossier bien préparé (Kbis, activités précises, chiffre d’affaires), une attestation peut souvent être obtenue en quelques jours.

Un maçon peut-il travailler sans garantie décennale s’il est sous-traitant ?

Non. Un sous-traitant réalisant des travaux de construction reste soumis à la même obligation d’assurance décennale que l’entreprise principale. L’entreprise donneuse d’ordre a d’ailleurs intérêt à vérifier l’attestation de ses sous-traitants, car sa propre responsabilité peut également être engagée en cas de défaillance.

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